quelques mots

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Un argument souvent évoqué quand il s'agit d'écrire est la nécessité d'avoir des choses à dire et sans laquelle beaucoup s'empêchent d'écrire. Je ne pense pas qu'il faille avoir des choses à dire pour écrire, je pense qu'il faut vouloir écrire et des choses se diront. Il faut alors commencer simplement.

Le contenu peut faire naître un style et le style à son tour un contenu. Joyce et Ulysses. Joyce ou Ulysses. L’œuf ou la poule, la poule ou l'œuf. Le coq ?

Puis il y a le plaisir de lire des choses qui n'ont pas encore été écrites, autant que celui de lire des choses qui plaisent et que d'autres ont écrites déjà.

Souvent l'intuition nous dit que certaines choses ne marchent pas, que certaines phrases ne sont pas satisfaisantes, que certaines couleurs ne sont pas appropriées avec d'autres, que certains sons ne se combinent pas si bien ensemble ou l'un à la suite de l'autre, et peut-être seule la mémoire saurait donner une raison à ces choix qui s'opèrent parfois hors de toutes techniques. Et même si en nous efforçant un peu nous pourrions trouver d’autres raisons plus techniques qui justifient que nous ne conservons pas une phrase, ou un mot, toutes ces raisons ou ces réflexions seront subjectives et donc ce sera encore vers nous-même qu’il faudra nous tourner, et nous redirons la même raison, ou que peut-être elles sont musicales, rythmiques. Tel son me plaît, tel autre moins, tel rythme convient après la phrase qui précède, tel autre non, telle répétition est trop « écoutable », il faut alors éloigner le mot répété pour atténuer son « écho », placer entre les deux mêmes mots un ensemble d’autres sons, une phrase un peu longue, pour que les deux mêmes sons ne se choquent pas à cause de leur proximité physique et sonore.

Chaque mot a une propriété sonore en plus de celle moins physique de son sens, et l’on ne peut pas l’ignorer.

Enfin l’invention, l’imagination, la présence de l’intuition qui n’est pas mesurable et non plus ses conséquences sur les décisions. Intuition qui serait aussi l’inspiration, comme un rendu de notre mémoire. Il faudrait alors découvrir le fonctionnement et la structure de celle-ci pour peut-être comprendre l’inspiration et l’intuition. Et je ne crois pas ces deux réalités si éloignées l’une de l’autre. L’inspiration me semble autant être liée à la mémoire que l’intuition l’est. Mais invention, inspiration, intuition, imagination, sont peut-être une seule et même chose. Qui sait ?… L’œuvre importe. L’art se crée.

Au sujet des décisions, Robert Motherwell répond un jour à la question du sens de l’une de ses peintures et dit qu’il est l’ensemble des décisions qui l’ont construite. Pourquoi serait-ce différent pour un roman ?

L’humour également, le comique, le drôle, l’inattendu, parfois grossier ou très subtile. Certaines fois ironique, d’autres pas du tout.